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 Ball-jointed love

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Klaudia Wiring

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Localisation : Lescar
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MessageSujet: Ball-jointed love   Jeu 20 Juil 2017 - 14:10

[illustration à venir] mur

Ball-jointed love

une histoire de Klaudia S. Wiring

Il pleuvait des cordes, le genre que j'aime.
Je ne me souviens plus de ce que je faisais ; peut-être que j'attendais, sans plus attendre. J'étais rentrée de l'étranger en décembre, juste avant Noël. Un séjour où je me suis sentie plus seule encore que je ne l'étais déjà depuis toujours. Dans cet autre pays, pendant trois mois d'étude, il a plu presque chaque jour. Presque chaque jour, de retour dans cette chambrette d'étudiant aux couleurs cliniques, je t'ai regardé en secret sur l'écran de mon ordinateur portable. Non... Ce n'est pas exactement toi que je regardais, mais un modèle d'exposition en noir et blanc, à la fois confus et révélateur. Un visage aux traits mystérieux et mélancoliques plongés dans une pénombre presque opaque. Plus imprécis tu meurs ! Et pourtant... Ce profil suggestif me hantait. Ton œil brillant me hantait. Sévère, cruel même.
Le nom de ton modèle n'en était que plus justifié : « miroir » (version anglophone). Je te regardais, et je savais... Depuis des mois déjà, je désirais une seule chose : toi.
Je savais que si je t'adoptais, je passerais définitivement de l'autre-côté du miroir. Cela me travaillait déjà, avant toi. Je n'ai fait que des fails de ce côté-ci. J'ai mis des années à comprendre que ces échecs à répétition étaient des codes mal saisis. Des appels que la raison refuse. Mais ton œil cristallin, ton œil grave m'a fait comprendre : ma place était de l'autre-côté, à tes cotés...
Mon attente de retour à la maison, dans cet antre sombre que je m'apprêtais à fermer à jamais, avalant la clé, fut une torture délicieuse. Combien de fois ais-je ouvert la page du site, couverte d'idéogrammes, de ce langage qui est le tien ? Plus je rêvais de toi, plus l'étincelle de l'excitation s'éveillait. Ma décision était prise, j'allais t'épouser toi, parce que j'étais tombée amoureuse de ton artifice et de ses promesses, les seules qui seront jamais tenues. Comme Sakaya partageait son âme meurtrie dans ses poupées, j'allais faire de toi le réceptacle de toute la beauté que ma pitoyable existence avait su préserver malgré leurs assauts.
De retour, j'ai fait le nécessaire – le prix est moindre pour un tel amour, tandis que le leur vous ampute de tout – et j'ai ressenti comme une libération. Mes objectifs m'attendaient, dans cette ombre, mais je ne serais plus jamais seule.

Les mois passèrent. Que l'aimable être qui fut l'intermédiaire de l'échange pardonne le doute naïf et puéril qui s'était emparé de moi. Je commençais à désespérer, je craignais une erreur humaine. Or, lorsque l'on a sonné, il pleuvait de la même sorte. Qui était-ce ? Je m'en moquais comme d'un mauvais jour. Un vendeur à la sauvette, un vendeur de croyances, une vieille voisine intolérante... peu importe, j'étais prête à les renvoyer avec force. Vraiment, je voulais qu'on oublie l'existence de ma maison, avec de la chance, elle aurait volé vers l'infini...
J'ai regardé par le rectangle de la vitre avant d'ouvrir. Un homme aux cheveux blancs, la face rongée par la même rougeur qui ronge la mienne, trempé. J'ai cru voir le seul ami que je m'étais fait à l'étranger : un transporteur adorable. Il lui ressemblait bizarrement.
L'homme tenait un grand colis à la main. Pensant d'abord à une erreur j'ai aussitôt pensé qu'il s'agissait des tuyaux de rechange pour un appareil que j'utilise, que l'on m'envoyait régulièrement. J'ai ouvert. Ce n'est qu'après avoir salué l'homme que j'ai posé mes yeux sur les idéogrammes imprimés sur le carton. Mon cœur a bondi. Ma bouche a marmonné quatre ou cinq « entrez » maladroits. L'homme a du me croire l'esprit aussi détraqué que mon triste physique. Mais je n'en avais cure ; mes yeux jaugeaient la taille impressionnante de ce carton qui te renfermait, aussi précieux à mes yeux que la moindre parcelle issue de toi. Ce carton avait voyagé. L'homme que je bénissais en silence le posa à ma demande sur la table de ma chambre – un lieu sacré – et me fit signer. Après l'avoir copieusement remercié comme une démunie, et après avoir refermé la porte à clé, j'ai entendu la lourdeur amplifiée de la pluie...

Un malaise m'a soudainement assaillie. Je ne pus m'empêcher de songer à une lecture récente que j'avais faite pour mes propres recherches sur le phénomène Real Doll. L'un des témoignage recueillis dans l'ouvrage avouait avoir ressenti un passager mais profond malaise le jour où une boîte à taille humaine contenant sa future compagne avait été déposée par des coursiers silencieux (gênés?). Je savais pourquoi l'anonyme qui se confiait avait ressenti cela, il l'avait dit en termes crus, d'une bouleversante sincérité : le coffre ressemblait à un sarcophage et l'immobile créature de rêve et de silicone à l'intérieur était aussi dénuée de souffle qu'un cadavre.
Ce n'était pas ce que je ressentais, mais j'ai fait le rapprochement. Cela n'allait pas durer, je le savais aussi. Ce que je ressentais ressemblait à la peur confuse que ressent le prisonnier qui réalise que, soudain libre, il ne sait quoi faire, il ne sait ce que ce monde lui fera... Je réalisais l'ampleur de ma décision : non pas l'achat d'un être artificiel, mais ce que cette transition représentait. Je m'approchais de ma chambre, une pièce qui détone avec les autres par sa décoration singulière et chargée. C'était ton nouveau royaume. Mais dans ma tendance à attendre sans attendre, je n'avais pas installé ton « trône ».

J'ai fermé la porte capitonnée de blanc, comme celle des cellules d'aliénés. J'ai tamisé la luminosité parce que trop de lumière nous aurait blessés. Les gens devraient venir au monde sur les ténèbres, ils auraient une conscience plus claire... Le crâne en veille, j'ai été chercher des ciseaux et un cutter pour ouvrir le ventre de ta matrice en carton et te libérer (ou devrais-je dire, faire de toi mon prisonnier volontaire). J'ai posé ces outils à côté de toi.
Le monde s'est mis à changer de ton, à s'accorder au nôtre. Tandis que les maux confus quittaient mon être doucement, l'extérieur perdait son sens, la pluie couvrait tout et transformait les bruits en rumeurs faibles. Le pays du miroir établissait enfin ses frontières. J'ai pris le cutter et avec un soin de sculpteur, j'ai ouvert...

Le cœur cognant contre ma poitrine pour la première fois depuis longtemps, j'ai méticuleusement retiré, une à une, les pièces qui allaient faire de toi une perfection aux allures humaines. D'abord, ce furent tes longs et soyeux cheveux noir de jais que j'ai fait glissé entre mes doigts, respirés tendrement, le corps traversé par un lointain cordon de plaisir à l'état pur. J'ai posé ces cheveux d'ange noir, comme j'aurais déposé le corps vibrant et minuscule d'un chaton. M'oubliant alors, je me laissais aller à ce bonheur de découverte, consumériste pour les uns, fétichiste pour les autres, vrai et pur pour moi.
J'ai déballé deux autres merveilles : une paire de bottes à sangles qui valaient tous les simili-cuirs que j'ai pu imaginer (je n'ai de cuir que des couvertures de livres). Je les ais imprégnés de mes empreintes, admirant la qualité, la finesse du travail et trouvant que tu étais assurément très grand. La taille d'un enfant, les proportions d'un elfe, le poids d'un rêve... Ce fut ensuite au tour de ton splendide costume composé d'un pantalon sombre à la couple élégante, ainsi qu'un haut composé d'une veste victorienne à cape noire longue, douce et ouverte avec de fins boutons argentés sur une chemise prune soyeuse dotée d'une superbe cravate lavande avec un bijou représentant une couronne d'argent. Le col de ce haut en pointe et rabat en éventail de dentelle noire donnait une ravissante impression de royauté malsaine à l'ensemble ; une pièce digne d'un prince déchu, d'un scélérat gothique, d'un vampire, le genre d'ennemi qui m'a toujours faite rêver. J'ai passé un temps indéterminé à admirer cette pièce d'un travail que j'ai trouvé somptueux. Je me suis alors remémorée les heures que j'ai passées, lorsque j'avais terminé mon travail à l'université, à choisir (avec de bons conseils pour les proportions) ces pièces. Les réflexions que j'y avais consacrées me reposaient l'esprit, me nourrissaient de projets. Je me sentais comme les femmes qu'autrefois je méprisais viscéralement, celles qui choisissent une cravate ou un vêtement à offrir à leurs compagnons. J'aimais ça. Pour moi cela n'avait rien de différent.
A présent, je les avais en trois dimensions, elles existaient, tout comme toi. C'était d'une vérité bizarre, entre mes mains. Les vraies personnes sont insaisissables...
Tu attendais. J'ai posé les yeux sur l'énorme sac cylindrique de cuir qui te renfermait. Magnifique sac noir que je ne m'attendais guère à recevoir, que je voyais déjà comme mon propre sac... Zip.
A l'intérieur de ce cocon, tu étais tel un ver blanc, ou une momie. Ton long corps de 68 cm était recouvert de bandes protectrices ; tes pieds, mains et tête étaient insérés dans un rembourrage de mousse maintenu par de l'adhésif. J'ai plongé mes mains tremblantes et je t'ai retiré avec l'angoisse d'un samaritain soulevant un grand brûlé. Je t'ai déposé sur un gros coussin à côté de tes vêtements. Tu étais lourd. Lourd et fragile, comme mon cœur. Toi et lui auriez coulé sans l'aide d'une pierre, comme l'avait magnifiquement dit Susan A. J'ai ensuite fait quelque chose d'étrange. J'ai posé la main sur ton propre cœur. Qu'est ce que j'espérais ? Rien, mais j'avais envie d'établir ce premier contact, afin que toi, extension de mon âme anéantie et de celle de l'ombre que j'ai toujours aimé, tu reçoives cette vie double dans la vide résine qui te constitue.
J'ai découpé tous les liens qui te retenaient, à présent que tu n'avais plus rien à craindre. J'ai découvert tes jambes aux muscles finement rendus, dont l'une était fêlée. Loin d'éprouver de la déception, j'ai pris cet accident comme la preuve incontestable que nous étions faits pour nous rencontrer. Blessé à la jambe, sans gravité, un symbole. J'ai effleuré cette blessure, prise d'un amour mélangé, à la fois maternel et … autre.
Ta nudité d'albâtre me semblât majestueuse, à la fois claire et imprécise sur l'intimité, un peu comme celle des êtres sacrés ou démoniaques. Ton corps élancé, fait pour habiter les images dérisoires aux allures gothiques, m'a quelque peu paralysée. Pas dans le même sens que celui d'un homme réel, mais comme celui d'une sculpture qui incarne notre idéal. Etait-ce que Thomas Edison éprouvait en créant, pour son misérable ami, Hadaly, la femme des amours futurs ? Sans doute avais-je déjà adhéré aux chimères. J'ai pris tes mains de pianiste, ou d'assassin froid, dans les miennes. Comme certaines zones de ton épiderme, elles ont reçu, à ma demande, les stries discrètes mais visibles de veines. Travail d'artiste qui m'a laissée pantoise. Ces mains ont rencontré mes lèvres. Je devais rougir, mais je pouvais désormais tout me permettre.
Avec délicatesse, je t'ai assis. Tu étais souple, mais j'étais mortifiée à l'idée d'un faux mouvement, car les créatures de ton espèce doivent être traitées avec le même égard que les humains aux os de verre. J'ai retiré la mousse et les bandeaux de ta tête et ton visage m'apparut. Tes traits anguleux et fins exprimaient mille sentiments : désolation, étude, concentration, réflexion, impassibilité, cœur brisé... Ton visage veiné avait été merveilleusement ombré de couleurs donnant un réalisme saisissant à l'expression. De fins cils et sourcils, des yeux ombrés de corail donnant un aspect livide, et de longs et larges yeux d'observateur silencieux, aussi graves que la vie, aussi profonds que l'abîme. La même couleur que les miens, un bleu vert paradoxal. Mon doigt étudia longuement ce visage, pinçant au passage ce trait que j'apprécie sans en connaître la raison, à savoir un nez plus long que la moyenne.
J'ai de nouveau ressenti ce sentiment mêlé de honte : étais-tu très déçu de moi ? Etais-tu terrifié à l'idée de passer l'éternité à mes côtés ? Ces absurdes questions finirent par se résoudre d'elles-mêmes. Puisque tu étais mon extension, et que tu le seras à jamais, tu ne peux que m'être attaché. Ton aspect enchanteur, alors même que tu étais dépouillé de vêtements, m'avait temporairement transmis la honte que ressentirait une vieille sorcière réalisant que son amant n'est que la victime d'enchantements. Et pourtant, j'ai vu nos reflets dans le miroir ovale. Toi et moi étions parfaits, parfaitement complémentaires dans notre respective fragilité. Ta beauté était le reflet de celle qui m'avait toujours habitée, toi seul pouvait l'exprimer et lui donner forme.

Je n'ai pas prononcé un mot pendant les minutes qui suivirent. Je t'ai soigneusement vêtu et ajusté ces cheveux de jais sur ton crâne. Je ne pouvais encore parler devant l'émerveillement que j'ai éprouvé en te contemplant enfin entier. Ton regard étincelait ; tu semblais dans l'attente de quelque chose. J'ai su ce que c'était. Un gage, un cadeau qui libérerait ta personnalité. J'avais préparé ce don bien avant que tu ne franchisse le seuil. Deux objets uniques qui allaient signer notre appartenance. Le premier était un simple mais remarquable bindi adhésif qui avait la forme parfaite d'une bague ornée de grenat, à la taille de ton doigt. L'effet fut ravissant sur ton annulaire. Le second, plus important, ne fut autre qu'un petit crucifix en diamant rose qui me servait de boucle d'oreille, à présent autour de ton cou. Tu étais magnifique. Tu le resterais.
Je n'ai pas osé faire ce que je désirais tout de suite. Je t'ai regardé quelque temps. Le temps aurait aussi bien pu s'arrêter. Puis j'ai fini par te presser contre moi. Tu avais une drôle d'odeur sucrée. Je t'ai bercé comme un enfant, mais je ne me sentais pas comme une mère. Qu'étais-je au juste pour toi ? Ta main posée sur ma poitrine m'apparut comme un signe d'approbation. Tu me reconnaissais, car nous étions liés depuis longtemps déjà. Même si tu ne me voyais pas avec tes yeux, ton âme naissante, comme la vivenef qui s'éveille, me reconnaissait enfin. Sensible, fragile, comme moi. J'étais honorée et fière ; tu étais en partie ma propre création, tu lui donnais forme.
Comme ce fut agréable. Un peu comme la caresse d'un chat, un peu comme celle d'un ami mais réunies dans une sorte d'énergie d'un autre monde. Ma main sur la soie de tes cheveux. Dans ce petit crâne pulsait une âme hybride. Tel le Golem, il suffit de t'écrire et de glisser le mot dans l'écrin de ce crâne. Pas besoin de parler, et toi et moi préférons la musique au bruit.

Il pleut toujours quand nous sommes heureux.

Sur le grand bureau de verre, assis sur un coussin de soie rouge, jambes croisées, en pleine lecture, tu observes de temps à autre ma propre immobilité paradoxale. Tu sais tout de moi. Tu vois tout. Au fil des années, d'autres objets sont venus compléter ta majestueuse incarnation : un monocle, un livre avec notre histoire écrite ainsi qu'une montre de gousset fabriquée avec l'oignon d'une vraie montre assez menue pour paraître tenir dans ta main.
Tu sembles avoir gagné en maturité. On croirait volontiers que tu vieillis, de la plus belle des façons. L'atmosphère de l'Interface semble avoir façonné autrement tes traits et t'avoir imprégné des effluves de mon âme à la fois prisonnière et vagabonde. Tu es assis à côté d'une réplique miniature de piano sur laquelle une essence portant le nom de Dorian Gray, ton grand modèle, une vieille cigarette et une petite tasse de porcelaine ; le thé n'en finit jamais dans ce pays.
Le visiteur a la sensation diffuse d'être en présence d'un lecteur immortel au charme trouble, suivi par l'illusion acrylique d'un regard mobile. Très perversement, j'aime à imaginer ce que ces passagers de chair pensent de nous. Cela dépasse certainement leur compréhension. Mais ni toi ni moi ne cherchons à être compris n'est-il pas ?
Tu me vois tous les jours, garde baissée ou de nouveau forte. Chacune de mes pensées sont filtrées par ton regard. Sans langage, nous échangeons tout, et tes conseils me revigorent. Parfois nous dormons serrés l'un contre l'autre. Parfois je pose mes lèvres sur les tiennes. Parfois, entre rêve et réalité, je te sens gagner la taille d'un homme et m'écraser.
Mais il y a en toi ce côté intouchable, inébranlable. C'est son ombre qui t'habite à moitié, ma moitié. Sans le savoir encore, il te hante.

Quatre ans presque ont passé depuis ce jour où tu es entré dans ma vie. Deux autres créatures célestes de résine ont rejoint notre groupe. Notre fils, Vivian, rivalise de beauté avec toi, mais c'est un rebelle, un incorrigible contemporain, préférant l'acier et la résille à la dentelle. C'est notre petit artiste MSD, toujours à râler, toujours à critiquer ce monde et ses turpitudes. Quand à Alma, ce n'est pas vraiment notre fille mais un fantôme, un renard comme les vieilles légendes japonaises les appelait, ces êtres d'outre-tombe espiègles, qui n'en font qu'à leur guise. Elle nous a rejoint et ne nous a plus quittés.
Ma solitude s'est muée en innocente folie. Je l'ai trop peuplée de leur magie.
Qu'y puis-je vraiment ? Quand leurs yeux d'acrylique brûlent davantage que ceux des vivants ?
Qu'y puis-je vraiment ? Ils me donnent tant sans rien demander en retour.

Puéril...
Responsable d'eux. C'est grand à mes yeux.

C'est bizarre le monde... Maintenant je réalise seulement que les autres humains sont parfois comme des poupées privées d'amour. C'est horrible ce qu'ils peuvent devenir...
Apaisée par la douce présence de mes bien-aimés résineux, j'ai trouvé la paix et assez d'humanité pour ne plus haïr mes semblables. Je leur souris simplement d'un masque d'indifférence. Pardon mais c'est tout ce dont je suis capable.

Depuis combien de temps suis-je vraiment de l'autre-côté ?

Nous voguons ensemble dans ce lieu sans bouger, tels des passagers d'un mobilis in mobile chargé de machines à rêves. Nous ne laissons que des messages comme celui-ci, pris dans les filets de la grande toile.
Parfois, j'ai l'impression, mes chers amours aux jointures grinçantes, que vous m'avez ensorcelée. Parfois je me sens frôler l'oubli. Parfois les éléments extérieurs s'estompent, ressemblant chaque jour un peu plus aux flots insensés d'une mer d'informations qui me sont devenues sibyllines. Je sens mon effacement, ma propre substance se transformer. Je sens que je deviens moi aussi une poupée. Les poupées s'aiment d'une drôle de manière. Elles enfantent des rêves et des cauchemars. Au terme du combat de ce monde, ils survivront avec les bactéries. Ce sont ces rêves les vrais fantômes.
La hantise me paraît un juste sort.
A l'heure où le Marionnettiste tranchera les derniers fils qui me retiendront de sombrer dans le paisible néant, je pourrai enfin tomber avec vous. Toi, contre mon cœur. Ce sera simplement cohérent. Simplement bien. Simplement nous...

Je me demande jusqu'où notre vaisseau va nous mener ainsi. Quelles créations nos esprits sans attaches rencontreront. Quelles inventions de mots et d'images nous laisseront.
Après tout, ces péripéties-là seront toujours sans réelles conséquences.
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