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 ♦ [Murmures des Éternels] Le Cycle de nos Nuits ♦ Bas ♦

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Ladicius

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MessageSujet: ♦ [Murmures des Éternels] Le Cycle de nos Nuits ♦ Bas ♦   Mar 31 Juil 2018 - 23:24



♦ Murmures des Éternels ♦








"Il est une race dont les dents sont des glaives et les mâchoires des couteaux, pour dévorer le malheureux sur la terre et les indigents parmi les hommes."


- Proverbes, 30:14







Dernière édition par Ladicius le Lun 1 Oct 2018 - 23:25, édité 1 fois
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Ladicius

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MessageSujet: Re: ♦ [Murmures des Éternels] Le Cycle de nos Nuits ♦ Bas ♦   Mar 31 Juil 2018 - 23:25





♦ L'Agnelle Sanglante ♦






















"Il est une race dont les dents sont des glaives et les mâchoires des couteaux, pour dévorer le malheureux sur la terre et les indigents parmi les hommes."

- Proverbes, 30:14

"Seulement, garde-toi de manger le sang, car le sang, c'est l'âme ; et tu ne mangeras pas l'âme avec la chair."

- Deutéronome, 12:23



Lucrecia raconte...



 "Combien de fois ai-je entendu ces paroles tirées du Livre Saint ! Et combien de fois ai-je vu les hommes comme les femmes se signer à leur évocation, sous les voûtes séculaires de l'église !
Valeyrian s'est toujours défié de mon attirance presque obsessionnelle pour les lieux saints. Il s'opposait au début à me laisser sortir du domaine, mais n'eut d'autre choix que de m'ouvrir les grilles certains jours, après qu'un colporteur aie aperçu la blondeur de mes cheveux par la fenêtre. La nouvelle avait vite fait le tour du bourg, et Valeyrian répugnait à laisser croître de nouvelles rumeurs sur son compte, déjà fort mis à mal. Pensez-vous ; un jeune homme pâle comme la mort, qui vivait solitaire, perché sur le domaine séculaire en haut du bourg comme un corbeau sur un faîte, paraissant plus volontiers à la nuit tombée, aux yeux et aux ongles brillants comme des miroirs sous la lumière... On disait qu'il commandait aux loups et aux freux, et qu'il n'était pas chrétien. On disait même pire, sous le couvert de la main. Mais mon frère n'a jamais commandé aux animaux de la nuit ; tout au plus goûtait-il leur présence. Quand à l'hérésie, eh bien... Il est d'ordinaire difficile de convaincre notre race de fréquenter les églises, emplies de crucifix et d'eau bénite propre à la blesser.
 Les habitants me virent bientôt paraître presque chaque dimanche à l'église, pour la grande messe. J'étais cette pâleur blonde souvent dissimulée sous son ombrelle de dentelles noires, aux longues mains gantées et aux gestes emprunt d'une étrange langueur, accroissant les rumeurs de ma faible santé et de ma piètre constitution, qui faisaient de moi la jeune sœur souffreteuse du seigneur de la colline. Si mon frère était craint, voir peu aimé, jamais je n'attirai des œillades méfiantes ou des commérages peu flatteurs. Je portais sur moi l'innocence d'un ange de Dieu, je le savais et je m'en servais. De tout temps, jamais l'agneau ne fut soupçonné. Les sœurs bénédictines du couvent voisin de l'église me trouvaient des airs de Madone, et encensaient mon apparente piété. Jamais je n'oublierai la colère de Valeyrian lorsqu'elles eurent l'audace de me mander comme modèle pour Marie, en vue de la restauration des fresques du couvent. Mon frère interdisait formellement que l'on reproduise notre image, à lui et à moi, de quelque manière et en quelque lieu que ce soit. Toute jeune, je n'avais pas compris pourquoi ; maintenant, je sais qu'il craignait que notre image traverse les siècles au gré des remous humains, et croise de nouveau notre route des années plus tard, nous retrouvant inchangés et devenant de ce fait profondément embarrassantes. A compter de ce refus, une rumeur couru comme quoi il me séquestrait dans l'une des tours, veillant jalousement sur moi et ne voulant se défaire de ma présence. C'était partiellement vrai ; Valeyrian me protégeait, comme un loup les siens, et comme eux, il n'aurait pas hésiter à mordre. A tuer, même.

 Mais loup, louve, je l'étais aussi. Comme le disait les textes religieux, mes dents étaient des glaives, et je dévorais le sang au lieu de la chair. Au plus profond de moi, je me sentais hérésie et abomination, profondément contraire à la nature. Pourquoi n'avais-je pas l'aspect d'une bête, puisque je me nourrissais comme une bête ? Pourquoi la plus jeune sœur du couvent, à l'âme si pieuse et bonne, était affligée de tant de disgrâces physiques, tandis que j'offrais au monde une beauté immaculée, qui enveloppait une âme noire et sans fond ? J'avais lu dans des études que certains animaux disposaient d'armes de séduction propres à leur espèce pour attirer et piéger leurs proies, comme cet abominable poisson des abysses, dont le croquis m'avait tant révulsée, qui attirait ses victimes par une petite lumière éclatante perchée au-dessus de sa tête, alors que sa face était si laide. Étais-je donc ce genre de prédateur ?
Car personne ne se méfiait de moi, jamais. Au contraire, on me traitait avec un mélange de respect, d'admiration et de pitié, me prenant pour une aristocrate dramatiquement affligée d'une santé très vacillante, comme une jolie chandelle qu'on aurait eu peur de souffleter, de crainte qu'elle ne se rallume jamais. J'approchais qui je voulais, alors que mon frère suscitait la défiance, bien qu'il connût toujours un succès certain auprès des femmes, la brillance de ses yeux extraordinairement bleus, dans son visage hâve et sombre, les attirant comme la crème attire les chats. Je séduisais et saignais des familles entières, ne renonçant à toucher que les enfants encore vagissants au berceau. Je touchais leur cœur et les vidais un à un, sur des semaines, sur des mois. Jamais je ne fus soupçonnée, et je chantais même une ode en leur mémoire lors de certaines funérailles. Ma voix emplissait alors les lieux saints, s'envolant jusqu'aux voûtes de pierre comme un oiseau trop longtemps encagé, faisant bondir mon cœur froid comme s'il battait encore, menaçant de me tirer des larmes vermeilles propres à me trahir. Valeyrian souffrait de me savoir dans une église, et quelque fois il vint m'en tirer lui-même, franchissant les lourdes portes avec autant d'aise qu'un chat échaudé s'approchant d'un bassin. Sans jamais en avoir eu le récit complet, je le savais être passé par de terribles souffrances en des lieux saints, et je devinais, au fond de lui, qu'il avait profondément renié Dieu. Les vitraux, lorsqu'ils étaient frappés par le jour, blessaient ses yeux, l'encens contrariait sa gorge, et la vue des croix meurtrissait son âme, si âme nous avions encore. Valeyrian ne comprenait pas ma constance à fréquenter les lieux, et je n'osais lui avouer que je cherchais tout bonnement des réponses, que la lecture de la Bible n'avait pu m'apporter. Étions-nous vraiment un produit du Malin, ou étions-nous simplement une autre race, ostracisée et crainte par les hommes, à l'instar de celle des loups ? Je savais que ces derniers n'étaient que des animaux, agissant et réagissant en bête, comme n'importe quel prédateur, et non les créatures du Diable, comme en étaient persuadées les campagnes. Mais nous, qu'étions-nous ? De simples prédateurs, ou un Mal profondément ancien ? Mon frère avait-il mal au contact de la croix parce qu'il croyait en Dieu, ou parce que Dieu croyait véritablement en lui ?

 Chacune de mes crises religieuses coïncidaient avec un carnage sanglant. J'avais beau me surveiller, me contrôler du mieux que je le pouvais, arrivait toujours une nuit ou Valeyrian devait partir à ma recherche, pour me retrouver ensanglantée de la tête aux pieds, errant souvent parmi les tombes de l'ancien cimetière où j'avais pris pour habitude de me réfugier après avoir assouvi ma trop grande faim, rôdant entre les tombes craquelées et les herbes folles, les pieds nus et la soie de ma robe de nuit frissonnant dans le vent, mes cheveux flottant comme une bannière de lumière autour de mon visage hâve, comme en transe. Valeyrian me prenait dans ses bras et me ramenait au domaine, souillant ses propres vêtements du sang frais qui maculait les miens, et dont j'avais déjà presque oublié la provenance. Il me portait comme une poupée de son, une poupée glacée et comme morte, bonne à descendre au tombeau. Seul notre valet nous voyait passer, coutumier de ce macabre spectacle, du grand jeune homme serrant une frêle silhouette blonde entre ses bras, qui semblait agoniser. Chaque fois, Valeyrian arguait qu'il ne me laisserait plus chasser sans lui, tout en sachant pertinemment que seul l'enfermement pouvait m'empêcher d'aller répandre le sang lors de mes presque transes, et auquel il ne pouvait que très difficilement se résoudre. Je n'avais jamais oublié mon réveil, ma seconde naissance, après ma mise au tombeau ; oh, comme j'avais hurlé entre ces murs de pierre profondément enfouis, empêtrée dans ma livrée plus blanche encore que ma peau, usant mes ongles contre la porte de fer empêchant les morts de se relever. J'avais toujours dit à Valeyrian que m'enfermer encore, serait me tuer une seconde fois, et je crois qu'il le savait.
Quel spectacle nous offrions, lui, le siècle encore debout, l'homme éternellement jeune et entouré de ténèbres, et moi, l'agnelle sanguinaire, qui offensait chaque jour le Créateur en marchant sur terre, sous l'apparence de l'une de Ses brebis, brebis qu'elle saignait comme un loup...
"



A suivre...






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Aki

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MessageSujet: Re: ♦ [Murmures des Éternels] Le Cycle de nos Nuits ♦ Bas ♦   Mer 1 Aoû 2018 - 11:32

J'aime beaucoup le texte.
Et la vampire (Lucrecia, donc) est vraiment jolie, avec son petit air naïf et enfantin, j'adore sa bouche ! On lui donnerait le bon Dieu sans confession !
C'est quoi, comme modèle ?
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Tentacule

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MessageSujet: Re: ♦ [Murmures des Éternels] Le Cycle de nos Nuits ♦ Bas ♦   Mer 1 Aoû 2018 - 11:54

Ton texte est superbe, j'adore ! C'est très bien écrit. Et puis tes deux vampires bah, ils sont sublimes, que dire de plus ? amour
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Hotaru

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MessageSujet: Re: ♦ [Murmures des Éternels] Le Cycle de nos Nuits ♦ Bas ♦   Mer 1 Aoû 2018 - 13:47

Tes dolls et tes make ups sont vraiment magnifiques admiration
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Nano

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MessageSujet: Re: ♦ [Murmures des Éternels] Le Cycle de nos Nuits ♦ Bas ♦   Mer 1 Aoû 2018 - 18:22

Mais quel beau texte!!!!!! On a envie de lire la suite!!!!! amour Je suis fan de cette fratrie aux dents aiguisées, Lucrecia est superbe!!!!
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Koikokoro

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MessageSujet: Re: ♦ [Murmures des Éternels] Le Cycle de nos Nuits ♦ Bas ♦   Dim 5 Aoû 2018 - 11:15

Ils sont tellement beaux tous les deux ♥
J'aime énormément ton texte et j'attends la suite avec impatience !


Dernière édition par Koikokoro le Ven 14 Sep 2018 - 22:30, édité 1 fois
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bribri mas

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MessageSujet: Re: ♦ [Murmures des Éternels] Le Cycle de nos Nuits ♦ Bas ♦   Dim 5 Aoû 2018 - 19:15

J'ai eu beaucoup de plaisir à ton lire ton texte ,et j'aime les histoires de vampires,
Tes dolls sont très belles .La jeune Lucrecia semble avoir un avenir terrible et magnifique.
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Brie

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MessageSujet: Re: ♦ [Murmures des Éternels] Le Cycle de nos Nuits ♦ Bas ♦   Ven 14 Sep 2018 - 16:28

Pour commencer, tes photos sont très impressionnantes ! Valeryan paraît si protecteur, si sombre et menaçant ainsi derrière elle mais quand on en apprend davantage, on arrive par la suite à déceler l'amour inconditionnel qu'il éprouve pour sa sœur. Les photos sont vraiment superbes ♥ Et ce petit nez rond en trompette avec ses tâches de rousseurs et cette bouche...gniiih j'en suis friande amour

Ensuite concernant le texte; Le temps de ma lecture j'ai vraiment été propulsée dans son époque. Je pouvais presque sentir l'encens d'église et toucher l'étoffe de ses robes. C'était purement dans son jus et tout bonnement parfait. J'ai adoré ♥

J'espère que tu nous gâteras encore davantage ?
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Ladicius

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MessageSujet: Re: ♦ [Murmures des Éternels] Le Cycle de nos Nuits ♦ Bas ♦   Lun 1 Oct 2018 - 23:26


Réponse aux commentaires :


Spoiler:
 




♦ Le Cycle de nos Nuits ♦


















Lucrecia raconte...


"Notre vie de ténèbres obéissait à un cycle particulier, qui se reproduisait sans fin. Nous nous installions quelque part, Valeyrian repérant des bourgades excentrées peuplées de paysans peu instruits en somme, facilement crédules et corruptibles si le besoin s'en faisait sentir. Nous prenions nos quartiers en pleine nuit, toujours dans une demeure un peu à l'écart, souvent vieux domaine ou manoir, où personne ne pourrait nous surprendre, ni se rendre sans être vu. Et où personne n'aurait envie d'aller, de toute manière.
Puis Valeyrian paraissait en public les jours suivants, dans les cercles qui se voulaient élitistes de la ville, où se rassemblaient ses principales puissances, puissances qui n'eussent été que de la bourgeoisie manquée à Paris, voir un sujet de railleries. Il imposait sa présence, sans force ni fracas, présence écrasante qui n'aurait de toute façon pu être contenue, surtout dans une si petite mare. Puis il arrosait consciencieusement la ville de quelques bienfaits, l'argent coulant à flot depuis la colline ou le recoin où nous nous étions installés. Valeyrian achetait littéralement nos nouveaux concitoyens, endormant leur méfiance, et se rendant vite indispensable de par sa puissance financière. L'argent n'était rien aux yeux de mon frère, qui en avait accumulé assez pour plusieurs générations.
Lorsque sa présence était solidement établie, je paraissais à mon tour, même si c'était souvent à contrecœur de la part de Valeyrian, et offrais une preuve de plus de la philanthropie de mon frère, qui apparaissait alors en sus comme un dévoué chef de famille, entretenant et prenant soin de sa jeune sœur à la santé si mauvaise. Nous étions riches, discrets et avenants malgré notre repli sur nous-même, qui s'expliquait sans peine par ma prétendue maladie. Nous étions beaux, plus beaux que tous ces humains, car nous n'en étions plus, si seulement nous l'avions jamais été. Ils avaient peur de nous, au fond, une peur inconsciente qui n'était que l'expression la plus primaire de leur instinct de survie. Ces esprits simples traduisaient cette peur en un écrasant respect inné pour la haute caste dont nous prétendions faire partie. Nous ne serions jamais des leurs, mais nous étions tolérés.
Et c'est alors que les tueries commençaient.
Nous ne nous livrions pas à des massacres, qui eussent éclaboussé la ville de peur et de sang, hormis lors de mes crises, où je ne me contrôlais plus. Ces crises devaient impérativement être maquillées, étouffées. Valeyrian donnait parfois de sa personne, allant crier au loup dès le lendemain, organisant des battues qui ne ramenaient pourtant aucune malebête dans leurs filets, Valeyrian n'ayant jamais permis que nos lointains cousins de nuit ne soit tués en rémission de nos propres péchés. Parfois, il passait le restant de la nuit à effacer toute trace, après m'avoir reconduite et bouclée dans mes quartiers, où je passais le temps jusqu'au lever du jour à manquer de m'arracher la peau pour nettoyer tout le sang qui me recouvrait. Mon frère était souvent assisté d'Albert, notre valet qui nous suivait partout, le seul humain dont la présence fût tolérée sur nos terres d'accueil. Il ne disait jamais rien, mais exécutait chacun des ordres de mon frère, sans protester ni se plaindre, ni manquer à la tâche. Il servait aussi d'intermédiaire avec ses semblables, les jours où ni Valeyrian ni moi ne pouvions paraître en public. Albert incitait peu à la confiance parmi les concitoyens, et jamais il n'eut d'ami parmi eux, peu importe où nous allions. Pourtant, il avait la confiance absolue de mon frère, et je devinais qu'un lien profond les unissait, même s'il ne fut jamais question d'amitié, ou d'amour. Pour moi, Albert était un meuble du quotidien, et je me résumais à l'une de ses tâches, parfois. Jamais nous n'échangeâmes un mot.
Avec Albert, Valeyrian camouflait mes carnages lorsqu'il le pouvait, jouant les fossoyeurs, faisant disparaître les corps, parfois même dans de vieux puits inusités. Jamais nous n'enfouissions les reliefs de nos repas dans notre propriété, un vampire sain ne souillant jamais sa propre couche.
Nous nous nourrissions sur le long terme, saignant des familles entières trop lentement pour que leur mort parusse suspecte, laissant dire que leurs membres se mourraient de consomption ou de longues maladies. En nous rationnant de la sorte, nous nourrissant sur plusieurs individus le même soir pour n'en tuer aucun sur le coup, nous pouvions tenir des années sans impacter brutalement la démographie locale, sans éveiller les soupçons. Bien sûr, il y avait toujours quelques âmes pour se méfier de nous, principalement parmi les esprits les plus vifs ou les plus chrétiens. Valeyrian devait fournir de considérables efforts pour ne pas trahir sa nature, qui émanait pourtant de tous ses pores. Mon presque frère était si vieux ! Un Ancien comme lui avait tellement perdu de son aspect humain d'antan au court de ses longues, longues décennies d'existence, qu'il devait recourir à plusieurs artifices pour se cacher, dissimuler sa véritable nature. Et son grand dégoût, sa peur même, des églises et lieux saints ne jouait pas en sa faveur, dans ces siècles encore si imprégnés de religion. Mon obsession toute personnelle pour ces mêmes lieux saints aidait donc à faire pencher la balance en notre faveur. Je priais pour deux, du moins en donnais-je l'illusion. En vérité, lorsque je m'agenouillais devant le Christ, mon chapelet enroulé autour de mes mains jointes et soigneusement gantées, ce n'étaient pas des prières qu'égrenait mon esprit, mais des questions. A en croire les sermons des prêtres, j'étais une abomination, moi et tous les miens, et jamais je n'aurai pu, ni même voulu, pénétrer une église. Pourquoi donc étais-je là, alors, agenouillée sur ce dallage de pierre aussi froid que ma propre peau, sans être foudroyée par le courroux divin ?
Certes, je me gardais bien de tremper mes doigts dans le bénitier s'ils n'étaient pas gantés, et toute communion après la messe m'était impossible, l'hostie me brûlant la langue à coup sûr. Là encore, j'utilisais le prétexte de ma maladie pour ne pas éveiller les soupçons...
Mais le temps jouait contre nous, toujours. Notre présence, dans quelque ville que ce soit, devait toujours répondre à un temps déterminé, que nous ajustions selon nos besoins. Les hommes ont la mémoire courte ; mais même ceux dont les yeux ne seront jamais dessillés finiraient par comprendre que nous n'étions pas humains, nous qui traversions les années en demeurant inchangés. Autour de moi, dans les familles de bonne société que je visitais, les enfants grandissaient, alors que je n'allais ni mieux ni pire, et que mon visage offrait chaque jour qui passait le même ovale parfait, sans vieillissement notable ni regrets. Et quant à Valeyrian, ses yeux se faisaient toujours un peu plus lumineux dans l'obscurité, face à la lumière, pire que ceux des chats. Lorsque nous estimions avoir fait notre temps, et que les soupçons commençaient à s'éveiller, nous disparaissions, emportant nos affaires et nos vies en une seule nuit, vers un autre asile qui, lui aussi, ne nous accueillerait qu'un temps. Les lendemains de nos départs, les lieux qui nous avaient abrités pourtant des années durant, ne comportaient nulle trace de notre présence, pas même un souvenir. Comme si nous n'avions jamais existé. Les quelques curieux qui s'aventuraient sur les lieux revenaient bredouilles, les mains vides de toute preuve de l'existence du grand jeune homme hâve et de sa petite sœur à la blondeur d'un autre monde.
Nous ne laissions rien derrière nous, si ce n'était un cimetière plus peuplé qu'avant, où se mêlaient jeunes et vieux, leurs épitaphes ne laissant pas deviner leur malchance d'être tombés entre nos griffes, nourrissant malgré eux un cycle qui ne semblait jamais destiné à s'éteindre."




A suivre...






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Koikokoro

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MessageSujet: Re: ♦ [Murmures des Éternels] Le Cycle de nos Nuits ♦ Bas ♦   Mar 2 Oct 2018 - 17:10

Tes photos et ton texte sont très beaux ^^. J'aime ce ton qui rapelle un peu celui de Lestat dans la chronique des vampires d'Anne Rice. Lucrecia est vraiment superbe ♥ (bon Valeyrian aussi, ne nous le cachons pas !)
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Brie

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MessageSujet: Re: ♦ [Murmures des Éternels] Le Cycle de nos Nuits ♦ Bas ♦   Mar 2 Oct 2018 - 17:25

Quelle classe, quel charisme Valeryan ! evanouissement Et la douce (ou devrais-je dire plutôt la belle ?) Lucrecia porte merveilleusement bien le noir également evanouissement

En lisant ses propos, c'est fou j'en viens à éprouver une certaine empathie pour ces êtres qui n'ont de cesse de bouger encore et encore. S'installer, se sentir chez soi, avoir son petit cocon qui rassure… ils n'y auront jamais droit malheureusement. Puis cette manière qu'elle a de parler de ses moments de folie, on y sent la culpabilité et en même temps le côté assumé de sa nature quand bien même elle se pose milles questions. Son tourment religieux rajoute un peu d'humanité à son minois aussi ! Après tout, quoi de plus humain que de se questionner sur la foi, la cohérence religieuse etc ?


Enfin bref encore un vrai délice amour Ne t'arrête surtout pas huhu Wink
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Nano

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MessageSujet: Re: ♦ [Murmures des Éternels] Le Cycle de nos Nuits ♦ Bas ♦   Mar 2 Oct 2018 - 19:11

Koikokoro m’ôte les mots de la bouche, c'est aussi bien que du Anne Rice!!!! amour Tes photos sont superbes!!! Un régal!!!!
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Anzukami

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MessageSujet: Re: ♦ [Murmures des Éternels] Le Cycle de nos Nuits ♦ Bas ♦   Mar 9 Oct 2018 - 20:30

Je découvre ton duo aux canines acérées, je le trouve fascinant. La tenue de Lucrecia sur le dernier set de photos lui sied à merveille, bravo !
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MessageSujet: Re: ♦ [Murmures des Éternels] Le Cycle de nos Nuits ♦ Bas ♦   Jeu 1 Nov 2018 - 15:38

Très belles photos, ce couple à beaucoup de classe ^^
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MessageSujet: Re: ♦ [Murmures des Éternels] Le Cycle de nos Nuits ♦ Bas ♦   

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